mercredi 1 octobre 2008

XIII.

D’avoir attendu dans la mégalomanie du ressac

j’ai pendu l’esquif et cet œil crevé (cyclope

la lune)

j’ai perdu mon ulysse allant sacrifiant occidental

sur l’autel du savoir toute la connaissance du

nord.

et hier, nous avons cueilli à marée basse

l’haleine du dragon la froideur des thés vains

mais cet été, quel imposteur! sans neige

sans cieux hivernaux à chanter ivres sans

l’ivresse…

les galets jamais n’auront la consistance

de tes cheveux (fins)


Maïka Nepveu

mardi 26 août 2008

Amours-feuilles (extraits)

Croque

Sur ta peau rassasiée

J’arrache l’écorce pour écrire ce souvenir

De l’attente de toi

Au pied d’un arbre

Lovée entre les racines

Débordant d’un monceau de terre

Je navigue vers une nébuleuse

Sur le point d’exploser

Il y des chemins bien étranges pour t’atteindre

***

Je te serre contre moi

Dans une marée de chair et de poil

Qui glisse comme de la cire

Et tout autour de nous

Le marais de tes possibles

Visqueux

L’air est brun et vert

Je te serre

Et tu rapetisses

Tu deviens lapin

Et le serpent que je suis

Enroulé à ton œil rouge

T’entraîne au fond de l’eau

***

Retourne

La peau l’écorce

Et les arbres seront blancs

Dévore la pluie qui s’offre à toi

Laisse la lune s’éteindre

Et demande-lui des cerises

***

Rappelle-toi

Les mains liées

Le regard jeté vers toi

J’attends ton amour

Que tu ne me donnes pas

Dans ma tête je caresse ta tête

J’attends toujours

Puis

Sentir tout ton être éperdu de désir

Et dire oui

***

Masse

La foule

Disperse-la selon tes enchantements

Réveille tes cheveux noirs

Tous les signes en éveil

Te montrent

Te rappellent

Le sentier

Du sacrifice de la bête

Nous étions au rivage

Je t’apprenais la parole des

Vagues

Quand la vase a fondu sous nos pieds

Et nous nous sommes retrouvés

Flottants

Au sommet de dix milles pieds

De profondeur


Marie-Paule Grimaldi

Exquis Cadavre: Oui mais le plan...

À travers ses routes nocturnes, ses plissements, entre les étoiles, ses coulisses d'éphémère qui dégringolent

Et je n'ai pas reçu l'appel
Je suis resté au chant des urnes
À force de vouloir étreindre devenir

On se démêle des longs soupirs à cheval sur l'existence
À craindre les portes qui s'entrouvrent sur la mer

À espérer rester petit et moite dans l'azur
On étrangle le dieu qui nous habite
Dieu asthmatique dans les décombres

Il jouait à cache-chache avec les démons orgiastiques et gargantuesques de son enfance
Je lavais le Dieu mort de son sang, puisant dans le pharynx
La parole traîtresse des gorges lessivées
Le plan était un mort qui s'était érigé en idole

Jonathan Harnois et Blaise D. Guillotte

mardi 24 juin 2008

Inspiré de "Bouton de panique" d'Émilie Dionne



Si tant la douleur n'accueille plus les échos
De ma chair qui tressaille, faible, gémit
Si tant ma peur ne coagule pas
Du sang qui perle des yeux de mes organes

Lors ma vie au creux de la cornée de vos coeurs
Peine en son ombre à retrouver son visage
A couper le bois féroce de vos armures
Saisir vos racines à la source


À retourner les yeux au dedans de soi on y retrouve dans les traits de nos corps, à la surface de nos vaines les souvenirs plaqués des êtres, des vies, des lieux
Au seuil de notre conscience olfactive un corps nu, la peau mouillée par l'extérieur, la terre sur laquelle on tombe en larmes l'eau dans laquelle on nage comme si elle devenait le soleil qui se couche et embrasse la mer en s'allongeant

Si tant le blanc devient obstacle aux couleurs
Que du noir je ne sais plus faire pays
Si tant mon lit et ma chaise deviennent repos
Que mes mots ne revêtent plus qu'un masque à ma défense

Lors ma colère ressemblera à un silence aliéné
Ma chambre un abri contre les orages
Lors mon révolte deviendra mon sommeil
Mon cœur un caveau pour mes amours

16/05/05
«Noirceur épaisse dehors, recouvrant les tulipes rubescentes.»

Mais moi chère amie chère A d’une année sans vous
Je serai bientôt ruisseau pour vous atteindre en femme factice
Naïade d’un de ces instants nénuphars éclos
En serviette mandarine je t’offrirai Cassiopée sous une pluie de fer blanc

... Lotus de notre hyménée impubère...

Mais moi chère amie chère A d’un voyage avec vous
Je serai mauresque pour ébahir votre hébraïque bouche de menthe
Égérie d’un temps lavande en forme d’Autrefois
En robe tulipe je t’enverrai mes mains dans un lac d’encre coupable



Mathilde Grenier

lundi 16 juin 2008

(aube)

la nuit a été longue mais c’est fini tu sais
il ne reste plus rien
l’âme est tombée légère en fine neige
personne ne se souvient
des gestes ni
de ce qu’il faudrait dire ni même du silence cet imposteur
cet assassin
on a ôté les plats les couverts
et jusqu’au vase avec ses fleurs
personne n’avait faim vois-tu c’est qu’il fallait
du courage pour ne plus se taire

ce matin je comprends
l’aube m’a surpris à écrire de travers
quand les oiseaux ont toujours su
car les oiseaux ne parlent pas de leur vertige
les oiseaux volent en équilibre sur le vertige
ils volent et chantent haut en équilibre sur le vertige
nous avons beaucoup à apprendre crois-moi
des funambules
et je ne veux plus marcher droit
je ne veux plus penser droit
mon bonheur est dans un pas qui trébuche
vers toi


Pierre Archag.

mercredi 11 juin 2008

Cybèle

Le sang coule, il coule à flot et bientôt manquera.
La bête écorchée, suppliant la lune, souffre en terre.
Comment être plus que ce chien,
moins que cet ange?
Comment être le graveur,
Dürer en personne?
L'emblème reste muette... et le sang coule à flot.
(silence)
Oh Cybèle, comme tu m'aimes.
Noire mais belle, sur ta monture dans le désert
parmi les insectes du printemps tu parcours les dunes
et moi je meurs, je n'ai plus de sang.

Martin Parrot